H é r i t a g e s

 

  " Les hommes oublient plus facilement la mort  

     de leur père que la perte de leur patrimoine."                                                      

                                                                                                Nicolas Machiavel


        

 

                      De nombreuses   écoles coraniques enseignaient aux enfants, avec les bases de la grammaire arabe et de l'alphabet,     la conjugaison, les hadiths et le texte coranique, qu’ils apprenaient inlassablement et qu’ils recopiaient sur la louha ou planche de bois, servant de table d’écriture. Cette dernière était enduite d’argile blanche (salsal) qui permettait de fixer l’encre. L’encre en question était confectionnée à base de laine de mouton, elle était carbonisée puis diluée dans de l’eau additionnée d'un peu de graisse de mouton fondue, à laquelle l’on pouvait ajouter de la résine d’acacia et plus tard du sucre légèrement caramélisé, ce qui permettait d’obtenir une encre plus épaisse et améliorait son pouvoir d’adhérence. Pour effacer sa louha on la rinçait tout simplement à l’eau claire, puis l’on recommençait l’opération, consistant à enduire la planche d’argile, pour de nouveau la rendre apte à recevoir la nouvelle écriture.

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« Du berceau jusqu’à la tombe, mets-toi en quête du savoir, car, qui aspire au savoir adore Dieu »

 Ecole coranique Adrar Algérie

Empreintes


             Comme des marques qui révèlent une influence profonde et durable. Comme cette volonté inassouvie de fixer pour la postérité, de produire une dimension qui renforce et unifie l’espace de la représentation. Si nous sommes ce que nous avons été, elles restent de ce fait les témoins fugaces de notre histoire, la seule assurance de notre survivance.

 

                    SCRIBES ET COPISTES

    

Au début de l’expansion musulmane, les premiers grands spécialistes de l’art d’écrire furent les Arabes, puis survinrent peu de temps après les Iraniens, suivis des Turcs et plus tard des Indiens.

 

Les scribes finirent par constituer une caste puissante où se recrutaient les hauts fonctionnaires de l’Etat :

 « Le kâtib, mot à mot « scribe », est aussi le « secrétaire » (d’État). Ce fut le titre donné sous les Umayyades aux futurs vizirs ou chef de départements ministériels. L’ensemble des kâtib(s) formait alors le dîwân, équivalent approximatif de « gouvernement ».

 

« Aux origines, le style arabe était simple. C’est aux scribes, surtout s’ils étaient d’origine non arabe, que l’on doit par la suite le style orné et compliqué des documents de chancellerie. Des ouvrages entiers furent consacrés à la formation que devaient recevoir les scribes, et qui leur permettrait d’accéder aux postes de vizirat. On leur demandait beaucoup. Ibn Qutayba insiste sur la formation spécialisée, avant tout littéraire et juridique, exégétique aussi, c’est-à-dire supposant la connaissance des décisions jurisprudentielles et des interprétations du Coran. ».



 

      La route des caravanes et la transmission du savoir en Afrique        

 

 

Les manuscrits : un intérêt pédagogique

et scientifique considérable

 


         A l’époque médiévale le commerce caravanier transsaharien a permis aux oasis de Mauritanie, du Mali, du Maroc, de l’Algérie, du Niger et des autres pays de l’Afrique subsaharienne, de vivre une grande prospérité économique et culturelle et un développement intense des échanges culturelles et scientifiques.


                    Depuis toujours des hommes de renoms ont empruntés ces itinéraires incertains et mouvants : érudits, mathématiciens, géographes et philosophes ont légué des milliers de manuscrits qui traitent des différents domaines de la connaissance et pas seulement ceux relatifs aux sciences religieuses, mais également aux sciences dites profanes. Nous pouvons sans l’ombre d’un doute affirmer que cette masse incroyable de documents pourrait conduire à une réécriture complète de l'histoire de l'Afrique et de l'histoire du monde, si précisément ces documents étaient identifiés. Les relations fécondes entre les différents pays du continent africain ne sont plus aujourd’hui à démontrer, mais quelles ont été par contre, les principaux facteurs et vecteurs qui ont permis ces transmissions ? Ce sont précisément les manuscrits.  La mémoire africaine, tel un trésor caché, est toujours remisée dans des caves humides ou des khizanas poussiéreuses et endure, années après années, l’usure irréversible du temps. 


                    Ces matériaux, s’ils étaient exploités, pourraient replacer les cultures africaines dans le monde médiéval, tel que nous l’imaginons. Ils témoignent du degré élevé de civilisation atteint par les sociétés Africaines au Moyen Age, en offrant la preuve irréfutable d'une forte tradition littéraire, battant en brèche cette opinion généralement admise que l’Afrique était exclusivement de tradition orale. Le manuscrit, vecteur essentiel de la transmission du savoir, a connu pendant de nombreux siècles une diffusion et un essor considérable.


        Les manuscrits étaient les biens les plus précieux à cette époque et témoignent de la vie intellectuelle foisonnante aux XIVe, XVe et XVIe siècles et même, quoique de moindre intensité, jusqu’a la fin du XIX siècle. L’Afrique, partie intégrante du monde islamique, faisait partie de cet immense réseau, mais aussi, aboutissement logique, était imbriquée aux cultures maghrébines et méditerranéennes et fortement impliquée dans les échanges qui existaient entre l'Europe, et dont les cultures, par l’intermédiaire, précisément de ces échanges, interagissaient les unes avec les autres, car, de même qu’elles commerçaient, elles connaissaient leurs existences respectives.

 

                    Mais avant cela, ces essaimages respectifs, ces développements fortement favorisés par la diffusion de l’islam en Afrique, se sont inscrit dans un processus de plusieurs siècles, marqué par des phases importantes et animés par des groupes sociaux d’origines diverses, dont les effets ont forgés la réalité africaine et dont l’Islam, servait de ciment pour l’unité des groupes sociaux et linguistiques qui composent ce vaste continent. Les échanges culturels avec les pays musulmans et plus particulièrement avec les pays maghrébins avec lesquels l’espace nigérien, malien, mauritanien a titre d’exemple, à l’instar des autres pays africains, partageait, et ce depuis des temps immémoriaux, un même destin, est la preuve irréfutable de la longue histoire des échanges africains.


       L’exploitation scientifique au profit des études arabes et islamiques de ce patrimoine fondamental que sont les manuscrits pour l’écriture de l’histoire des cultures, des langues et des peuples du Sahel, du Maghreb et de manière générale des territoires de l’Afrique directement subsaharienne, nous fournirait la preuves irréfutable d’une relation interafricaine dont on ne peut s’imagier la consistance. En effet, des contacts suivis existaient entre les principales villes universités comme Gao ou Tombouctou, Agades ou Kano au Nigéria, et les villes du Sud maghrébin, comme Sijilmassa et Chinguetti, Adrar et Timimoun dans le Touat, et bien entendu les grandes métropoles intellectuelles du Nord de l’Algérie et du Maghreb. La densité des échanges culturels ayant, depuis toujours, été favorisés par le mouvement incessant des caravanes et du commerce transafricain.

  

       Dans nos pays, paradoxalement, le manuscrit demeure encore d’un usage tout à fait marginal, nous nous plaignons que notre histoire, nos repères historiques soient toujours conditionnés par l’historiographie coloniale, alors que bizarrement, nos manuscrits sont atteints d’invisibilité. Que penser de même de ces milliers de fonds qui demeure toujours dérobés aux regards, murés, enterrés ou très difficiles d’accès où tout simplement inexploités, en oubliant que le temps accomplie inexorablement son œuvre, et en oubliant de la même manière, qu’un patrimoine qui n’est pas conservé et transmit, est irrémédiablement perdu.

 

Saïd Bouterfa,

Ecrivain/chercheur. Membre du projet Manumed

(Manuscrits de la Méditerranée) Euromed-Héritage IV.

Ancienne bibliothèque de manuscrits (Khizana), région de Timimoun Algérie